Monnaie et libre échange

Dans les discussions sur le commerce mondialisé et les monnaies, il est sans doute intéressant de revenir à l’acte fondamental : l’échange.  Dans une transaction internationale, l’échange se fait à iso valeur. Le bien cédé a la même valeur pour le cédant que le produit acquis et réciproquement. Les marginalistes ont raffiné la question en montrant que ce sont les valeurs marginales qui s’équilibrent, mais on en est toujours là : on ne fait un échange que si les deux y trouvent le même niveau d’intérêt. Sinon on ne voit pas pourquoi une partie accepterait d’y perdre.

Les transactions d’échange de produits sont donc par construction équilibrées en valeur.

La question qui se pose aussitôt est de savoir où se trouve la création de valeur globale qui justifierait de pareils échanges. La réponse est double :

-          La valeur relative des biens échangées n’est pas la même dans les deux sphères. L’échange opère un accroissement de satisfaction donc de valeur d’un produit donné dans sa sphère. Il y a accroissement de la valeur d’usage dans les deux pays.

-          Le débouché nouveau permet d’allonger la série de production. En cas de coût unitaire dégressif, il y a à nouveau création de valeur.

Le libre échange est créateur de valeur des deux côtés. Bloquer le libre échange réduit la prospérité.

Ce schéma résumé et un peu caricatural, est la base de la philosophie de la libre circulation des biens entre les pays. Imaginons un pays qui produit du lait mais pas de voitures et un autre qui produit des voitures et pas de lait. Il peut être intéressant de produire un peu plus de voitures pour obtenir du lait et accroitre la production de lait pour avoir des voitures. L’affaire est dynamique pas statique.

Les flux d’échanges créent plus de valeur et plus d’emplois dans la mesure où les conditions de production nationale des deux produits concernés ne soient pas identiques. Il n’y a pas de doute que ce surcroît de production est bénéfique aux deux parties.

Ce bénéfice est obtenu sans déficit ni excédent.

Les déséquilibres de balances commerciales signifient toujours qu’il y a une fuite quelque part dans la valeur réciproque des échanges, fuite qui fausse l’équité des transactions.

En maintenant la production dans les pays de l’Est ridiculement bas, le communisme a privé de possibilité d’échanges bénéfiques les pays européens non communistes, tout en ruinant les peuples soumis à sa dictature. Un régime qui tue la production et qui limite les échanges fait du tort à ses citoyens mais aussi aux autres avec qui des relations économiques positives auraient pu s’installer. Nous avons estimé au Cercle des Economistes e-toile, que la perte de revenu pour les Européens de l’Ouest était d’environ 40% du revenu médian. En un mot, sans le communisme, notre revenu français serait plus haut de quarante %.

Ceux qui dénoncent de façon permanente la « religion » du libre échange, devraient d’abord faire le calcul des pertes de revenu qu’ils envisagent, des deux côtés. Ce qu’ils ne font jamais.

Beaucoup de mécanismes viennent contrarier cette belle mécanique. On peut en citer quelques uns, parmi beaucoup d’autres.

-          Beaucoup de pays n’ont aucun avantage comparatif autre que le niveau des salaires. Les fabricants pourraient transférer leurs moyens de production pour  produire à bas coûts dans le pays pauvre des biens revendus à la même valeur dans l’ancien pays de production. Il va y avoir un flux de capitaux d’investissement dans un sens et un flux de production dans l’autre. On n’échange plus des produits mais des capitaux contre des produits. Les produits exportés le sont en contrepartie d’une valeur en monnaie du pays de destination.  Alors qu’ils sont payés en monnaie du pays de production. L’aspect monétaire devient fondamental, par le double jeu du taux de change et des taux d’intérêt. Le gain de l’échange devient dépendant du bon fonctionnement du système monétaire et financier entre les deux nations.

-          Dans un système d’étalon or, l’or quitte le pays déficitaire pour le pays excédentaire. La dynamique des prix est censée faire monter les salaires et les prix là où l’or arrive et les faire baisser dans l’autre. A terme, les niveaux de compétitivité se rééquilibrent. Les sorties d’or créent une déflation qui créent une dynamique problématique  dans le pays concurrencé par le pays pauvre. Cette déflation fait aussi du tort au pays exportateur. Les mouvements financiers ont par le passé, chercher à compenser ces effets néfastes. Mais au final on n’échappe pas à une crise mondiale. On a donc écarté la formule de cet étalon qui poussait à des crises profondes.

-          Dans un système de monnaies fiduciaires nationales, l’avantage compétitif du pays pauvre est entièrement lié à la qualité de sa monnaie et au cours  des changes entre les deux monnaies dans l’échange. Le mode de gestion de la valeur de la monnaie dans chaque pays peut  tout fausser. Les conséquences sur l’emploi peuvent être intolérables dans le pays riche. Un système de change fixe mais modifiable permet de limiter l’avantage économique et les mouvements de capitaux par un arbitrage d’état entre la satisfaction de consommateur et la prospérité des producteurs.  Dans un système de changes flottants, une incertitude sur le change se cumule avec les variations de salaires pour créer une dynamique qui devait selon Friedmann rééquilibrer les comptes mais qui dans les faits a conduit à des situations explosives. Dans un système de monnaie unique, le plus fort l’emporte en imposant la loi d’airain du possesseur de l’outil de production  le plus solide et du stock de capitaux le plus grand. Il fait tous les arbitrages à son avantage et les Etats sont en grande difficulté pour en gérer les conséquences.

Conclusion : le système monétaire et financier compte dans le commerce international. La qualité de l’ensemble dépend de celle du système monétaire international.

-          A partir du moment où on échange des produits contre des devises et non plus contre d’autres produits, la manière dont sont gérées les devises devient fondamentale. La spécialisation qui s’est faite entre institutions monétaire et commerciales, après Bretton Woods, est absurde. Il n’y a pas d’un côté des gens qui causent commerce et d’autres qui parlent monnaie. Les questions sont intimement liées. C’est une des tares de notre époque de voir par exemple l’Europe fabriquer des traités de commerce sans jamais s’inquiéter des aspects monétaires. C’est pourquoi nous avons affirmé qu’il fallait lier l’acceptation de certains traités à un préalable de réforme du système monétaire international.

-          Alors que le système de Bretton Woods jouait sur les deux aspects en même temps, le change étant mis au service de l’équilibre des échanges, les changes flottants ont tout déréglé et les marchés financiers se sont avérés de facto incapables de rétablir des situations équilibrées. 

-          Il faut voir qu’un pays qui poursuit des objectifs mercantilistes accumule de la monnaie internationale qu’il ne peut pas utiliser chez lui. Il va rapidement s’inquiéter de la valeur de la cassette qu’il accumule. Un élément de peur entre dans le système. Il souhaite rentabiliser son avoir donc il va le placer. Mais dans quoi, s’il est super compétitif ? Les autres n’offrent pas de perspectives de production sympas.  Il n’a le choix qu’entre des opérations spéculatives et des achats de capital dans les pays déficitaires. Les pays en question ne veulent pas voir partir leurs bijoux de famille. Les tensions arrivent. Le Japon a préféré acheter des golfs et de l’immobilier. Il a beaucoup perdu lors des krachs successifs. Les Allemands ont joué massivement l’immobilier méditerranéen et les subprimes. Ils se sont fait ratisser. Les Chinois vivent dans la peur de perdre leur trésor. Alors ils rachètent des terres en Afrique et des vignobles en France. Sans aucun avantage pour le pays où ces biens sont rachetés. Ce ne sont que des échanges de propriété.

-          A la fin des années trente, tout le monde avait compris qu’il fallait jouer le commerce des biens tout en équilibrant strictement les mouvements. C’est la raison pour laquelle toutes les lois monétaires et commerciales, synchronisées, prévoient des relations équilibrées.

-          La rupture des accords en 1971 a cassé ces mécanismes. On a vu d’énormes déficits et de gigantesques excédents s’accumuler avec comme conséquences l’apparition d’une économie baudruche, une baisse du trend, une aggravation du niveau d’endettement global et l’accroissement de la gravité des crises économiques.

-          Il faut donc revenir aux règles qui prévalaient avant 1971 et qui sont toujours la légalité internationale de référence.

-          Si un pays accumule d’énormes excédents, c’est le symptôme d’une gestion de politique économique mercantiliste et hostile à l’échange équilibrée. Les libéraux considèrent que l’état ne sait pas piloter l’économie et que par conséquent lui demander des politiques d’ajustement est absurde. Tout se passerait à l’échelon individuel. La micro économie est la seule vraie. Il n’existe pas de macro économie. L’ennui est que cette théorie est contredite par les faits. La politique du Zimbabwe ou du Vénézuela  a radicalement tué la capacité d’échange positif de ces pays.  On a vu que c’était le cas des pays socialistes,  tout le temps où il a fonctionné. Plus près de nous les politiques inverses de Jospin et de Schroeder ont donné un désavantage compétitif à la France qui a fait sombrer les balances extérieures. C’est bien que les macro-décisions d ‘états jouent sur la compétitivité. Ce ne sont pas les décisions individuelles des consommateurs allemands et français qui ont provoqué, par le jeu des préférences sur les marchés, les déficits et les excédents. Mais des politiques économiques et sociales contradictoires, non corrigées par un système monétaire convenable. 

-          Les politiques massivement mercantilistes nuisent aussi bien aux pays spoliés qu’aux pays spoliateurs. Les politiques qui conduisent à des pertes de compétitivité nuisent également à tous. C’est pour cela qu’elles sont proscrites. Les pays en excédents ne peuvent pas dire aux autres : faites comme nous ! Car il est impossible que tout le monde soit en excédent. Les pays en déficits ne peuvent pas dire : laisser moi sombrer, car leur récession pèsera sur la prospérité générale.  Le cas américain est distinct parce qu’ils tiennent encore aujourd’hui la monnaie du monde et peuvent négliger leurs déficits qu’ils paient en monnaie nationale. Ils l’ont cru longtemps et on finit par constater dans les urnes que les conséquences n’étaient pas nulles sur l’emploi et les salaires.

-           Les conclusions à tirer sont claires. Les échanges doivent être équilibrées et il appartient aux Etats d’y veiller. Les systèmes monétaires doivent imposer la vertu. Pas de monnaie nationale comme monnaie internationale ; corset pour les pays déficitaires qui risquent de partir en sucette mais avec aide pour faire un retour tranquille à l’équilibre ; mécanismes automatique de stérilisation des excès d’accumulation de monnaie internationale par des pays ouvertement mercantilistes. Il faut supprimer l’envie de mener de telles politiques.

Avec ces considérations en tête, on comprend mieux l’impasse où se trouve l’Europe et on peut analyser la nature des convulsions en cours. En prime, s’esquisse une solution gagnante pour tout le monde.
 
SD

L’impuissance de M. Macron dans l’affaire Trump

A force de ne pas regarder les vrais problèmes, on se trouve bien dépourvu quand les faits se revanchent et que l’on se trouve aux abois.

Le règlement international dans ses multiples facettes est absolument clair : il est interdit d’avoir de gros excédents et de gros déficits.

Lorsque Donald Trump pointe les excédents allemands il a parfaitement raison du point de vue du droit international. Ces excédents sont abusifs et proscrits. Quand il pointe les mêmes excédents suisses ou Chinois, il a toujours raison.  Ces excédents sont totalement abusifs. Lorsqu’ils servent à acheter le capital des entreprises non ruinés par une concurrence déséquilibrée, ils apparaissent justement inacceptables. Trump n’a eu aucun mal à mobiliser le vice-président américain du FMI pour soutenir ses thèses. L’absence de gros excédents est statutaire au FMI.

Venir pleurnicher qu’on est des bons alliés et tout et tout, comme Bruno Lemaire dans le Figaro de ce jour, ne peut rien infléchir et nous fait passer pour des pleureuses. Prévoir une guerre commerciale n’a pas de sens : la vraie solution est que l’Allemagne cesse sa politique mercantiliste et réduit ses énormes excédents. Il ne peut donc pas y avoir de réaction franco-allemande homogène.  De même au Japon, en Corée, en Chine et dans tous les pays qui maintiennent des balances excédentaires supérieures à 3% de leur PIB.

La seule réponse pour Macron, est d’acter que les gros excédents sont interdits et sommer l’Allemagne de revenir dans les clous tout en rappelant à M. Trump, que les excédents sont le miroir des déficits et que les déficits américains sont également illégaux. Cette position aurait été plus facile à porter si les économistes officiels avaient correctement expliqué les conséquences malfaisantes des déséquilibres commerciaux et financiers.

 En vérité ce serait la responsabilité de l’ UNCED, du FMI et de l’OCDE, ainsi que de la commission de Bruxelles de rappeler ces vérités à tous. Ne pas l’avoir fait pendant près de 50 ans est leur grande faute impardonnable. Perseverare serait diabolicum.

Commerce et monnaie vont ensemble. Aucun traité commercial ne devrait être accepté avant une réforme globale du système monétaire international.

On comprend que pour le président Macron il soit plus difficile de mettre le nez des Chinois et des Allemands dans leurs excédents et des américains dans leurs déficits, que de faire un beau discours vain sur la Pnyka ou à la Sorbonne. Mais c’est la seule position tenable. Encore aurait-il fallu redresser les comptes extérieurs du pays et réduire la dépense publique au lieu de l’augmenter. Le donneur de leçon doit être impeccable.

De même la seule voie possible en Europe n’est pas de demander un budget fédéral faramineux dont personne ne veut. Il est de mettre en place des mécanismes qui rendront vaine l’accumulation d’Euro par un pays structurellement excédentaire.

 

 

 

 

 

Deux mots à Paul Tucker, ancien banquier central.

Rien de plus intéressant que l’interview de Paul Tucker, ancien numéro 2 de la Banque d’Angleterre et fin connaisseur des arcanes de la pensée dominante dans les milieux anglo-saxons en matière d’organisation monétaire.

Il y a maintenant longtemps que la fable qui prétendait voir dans les marchés et les seuls marchés, sous la surveillance bienfaitrice des banques centrales, la solution magique aux diverses équations monétaires européennes et mondiales, a sombré dans l’insignifiance. La crise de 92-93, puis celle dite des pays émergents en 1998, puis celle des valeurs technologiques, au début du siècle puis l’effondrement de 2008, ont emporté les dernières illusions. Alan Greenspan, gourou déchu, a lui-même concédé le point depuis au moins dix ans : des marchés libres de toutes entraves, qu’il s’agisse de celui des monnaies, des titres, des dettes diverses, sont incontrôlables.

Le trou monumental percé dans les comptes par l’explosion de l’économie baudruche a été comblé par les banques centrales au prix de plus de 14 milliards de créations monétaires, par reprise d’actifs financiers bancaires plus ou moins douteux, l’apparition de taux d’intérêt négatifs et mille mesures totalement contraires à la pensée dominante. Nécessité fait loi. Les États gorgés de dettes ont vu ainsi le coût budgétaire des déficits effarants ont pu continuer à se financer.

Les peuples ont trinqué. Comme nous le répétions inlassablement depuis 1997 : attention à la colère des peuples. Nous voilà avec le Brexit, les troubles italiens, la défonce espagnole, le numéro de cow-boy de Trump.

On a fait jouer aux banques centrales un rôle étranger aux apparences de leur mandat. En Europe, c’est la BCE qui a signifié à la Grèce qu’elle pouvait arrêter le refinancement des banques et mettre en faillite tout le pays. Ne parlons pas de Chypre. La BNS a cru pouvoir créer le même montant en monnaie que la valeur du PIB suisse ! Avant de renoncer. Le FED a créé à elle seule 4 000 milliards de dollars de billets verts.

Un système qui finit par faire tout ce qu’il était censé ne jamais faire, est une farce. La chanson qu’on répète depuis 1973, selon laquelle les banques centrales ne sont là que pour maintenir l’inflation en monnaie officielle dans des limites étroites, sans s’occuper des changes ni du financement des États, est apparue pour ce qu’elle est : une fable risible. Les dettes d’État et le change des devises ont été constamment dans le collimateur des banques centrales.

Lors d’une conversation sur le forum du Monde avec un certain Dodds, nous avions souligné que le dressage des gouvernements par « les marchés » était un rêve techno et un cauchemar démocratique. On a vu que ce sont les États qui sont venus, à grands frais, sauver les marchés de leur propre déchéance.

Le propos d’un commissaire européen allemand suggérant que les marchés allaient dresser le gouvernement clownesque italien a provoqué un juste scandale. La démocratie était à l’encan sur les marchés !

En vérité c’est le précédent grec qui est important : si l’Italie s’engage dans une politique de cinglés, alors les banques italiennes ne seront plus approvisionnées par la BCE et on organisera, comme en Grèce, un « corralito », une consignation des dépôts devenus non utilisables à volonté : les agents économiques seront priés de se contenter de quelques euros par jour !

La banque centrale européenne sera devenue l’arbitre des élégances politiques en Europe. Une bande de fonctionnaires non élus remplaceront ouvertement le choix de millions de citoyens.

Paul Tucker, l’ancien numéro 2 de la Banque d’Angleterre a senti immédiatement le danger.

« Les banquiers centraux doivent battre en retraite » et ne pas sortir de leur rôle. Ce n’est pas à elle de garantir la survie de l’Euro, question essentiellement politique. Il sent bien qu’un tel rôle met la banque dans une situation précaire. « Le danger est qu’elles aillent trop loin ». Il reconnaît que la BCE joue un rôle quasi budgétaire, bien loin des élucubrations de 1973. Et il note avec justesse que plus les pouvoirs des fonctionnaires internationaux s’étendent, plus ceux des politiques s’étiolent et avec eux leur réputation. Le rejet des « élites » a en effet une cause dans leur abandon de pouvoir aux mains de fonctionnaires irresponsables (juges, banquiers centraux, commissaires européens).

Jusqu’ici tout va bien. Mais la conclusion fait rire. « Il importe que les banquiers centraux restent dans le domaine de leur mandat : le niveau des prix et la stabilité du système ». Ce n’est pas eux de donner leur opinion sur des questions générales qui ne dépendant pas de leur mandat mais ils devraient parler plus souvent de leur mission devant les instances démocratiques et recruter plus de femmes.

S’ils sont sortis de leur mandat, c’est parce que le système monétaire international et l'Eurosystème sont dysfonctionnels. Ils ne l’ont pas expressément voulu. C’est l’explosion de l’économie baudruche qui s’est créée depuis 1971 qui les a mis là où elles sont. Elles sont OBLIGÉES de jouer un rôle budgétaire, compte tenu de l’énormité des dettes publiques ; elles sont OBLIGÉES de regarder du côté des changes et du recyclage des énormes excédents.

Quant à la suggestion que la nomination de femmes changerait tout, on a vu avec Mme Lagarde et ses campagnes féministes totalement étrangères à l’objet de l’institution, que cela aggrave plutôt la pusillanimité des institutions économiques officielles.

En n’abordant aucune des tares structurelles de la zone euro et du système monétaire international, Tucker parle pour ne rien dire. L’autisme des banquiers centraux sur les vraies questions est plus grave que les divagations d’un commissaire européen allemand.

Qu’il aborde les déséquilibres monstrueux des balances de paiement aussi bien dans le monde qu’au sein de la zone Euro et on commencera à entrer dans le dur des vraies réformes. Là, on ne voit qu’une tentative un peu enfantine, de masquer le déni de démocratie propre au système. « Planquez-vous et taisez-vous devant le grand public. Mais ne changez rien ». L’hypocrisie au service de la survie.

Pathétique.

Des maux d’origine monétaire traités comme des gros mots

Deux des troubles les plus graves qui agitent l’Union Européenne sont purement et simplement causés par des violations lourdes de la réglementation internationale en matière de grands déficits et de grands excédents.

Les statues du FMI et de multiples traités répètent qu’il est interdit de cumuler les grands déficits et les grands excédents. Les déséquilibres de balance des paiements ont un effet délétère que tout le monde condamne depuis au moins 80 ans.

Le dysfonctionnement majeur de l’Eurosystème tient au fait que rien n’est prévu en cas de gros excédents et que les excédents allemands ont atteint un niveau totalement extravagant.

Le dysfonctionnement majeur du système monétaire international est qu’il ne prévoit rien, sinon l’action des marchés et des banques centrales pour corriger les déséquilibres.

Dans la pratique les États-Unis ont fait du dollar la monnaie du monde et fournissent la liquidité mondiale par la grâce de déficits gigantesques dont ils se moquent puisqu'ils les financent dans leur propre monnaie. La monnaie du monde ne devrait JAMAIS être la monnaie nationale d’un acteur. Les déficits ont une contrepartie automatique dans les excédents des autres.

Il est donc clair que les excédents allemands pompent toutes les liquidités en Europe, laissant les pays déficitaires dans une difficulté constante. En utilisant en masse leurs excédents dans des opérations immobilières spéculatives, notamment en Grèce, en Italie et en Espagne, ils ont endetté les « pays du Club Med » à des niveaux intenables. En rachetant massivement le capital des entreprises non allemandes, ils ont capturé illégalement des parts de marché abusives.

Les Allemands savent d’ailleurs parfaitement que c’est abusif : dès que les Chinois qui ont des excédents du même ordre que l’Allemagne, ont essayé de ramasser le capital des entreprises fleurons du Mittelstand, ils ont immédiatement sorti la mitrailleuse et les interdictions. L’Allemagne veut bien faire ce qu’elle interdit à la Chine ! Lorsque le commissaire européen Günther Oettinger décrète que les « marchés vont apprendre aux Italiens à bien voter », il tient un propos indéfendable mais surtout doublement faux. Ce ne sont pas « les marchés » qui sont à la manœuvre dans cette affaire, mais les créanciers qui ont renfloué les caisses des banques italiennes, c’est-à-dire les États européens. Et c’est la BCE qui aura le dernier mot en dernier ressort, en appliquant au choix la doctrine grecque (un mince courant de liquidité au comptoir des banques) soit la méthode chypriote de vol pur et simple des dépôts.

Trump a parfaitement raison de réagir : les pays excédentaires doivent être sanctionnés. Mais il a tort puisque ses déficits volontaires de balances de paiements sont la contrepartie de ces excédents.

La bonne solution est donc toute simple. Il faut imposer une réforme de l’organisation monétaire européenne et mondiale qui permette d’empêcher quasiment automatiquement les gonflements de balances déficitaires et excédentaires. La solution la plus simple est de mettre en place une chambre de compensation associée à un mécanisme qui stérilise automatiquement et de façon progressive les gros déficits et les gros excédents, rendant sans intérêt les politiques mercantilistes et la création monétaire mondiale par un seul pays.

Évidemment vous ne trouverez jamais ce débat dans les médias qui se contente de commenter les pugilats, en espérant des petites phrases riches en polémique. Aujourd’hui, c’est le seul qui compte. Le moment des grandes réformes approche. Les pugilats façon entre- deux-guerres n’ont aucun intérêt. C’est la guérison des maux qui comptent et pas les gros mots.  

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile

Petit rappel en passant

(pour bien suivre les négociations à venir).

Alors que démarre les réflexions sur la réforme des retraite, bien retenir que la pénibilité est le moyen trouvé par les politiques pour permettre aux salariés de l'EDF, de la SNCF et autres privilégiés de maintenir leurs avantages.

La France en plein syndrome albanais

Extraordinaire commentaire sur une radio. Le « journaliste » commente les gains exceptionnels des Gafa. Ce n’est pas une analyse. Mais un discours façon Tolbiac pour gauchistes exaltés. Parce qu’ils gagnent beaucoup d’argent, les salariés de Facebook et Google « créent de l’inégalité ». « Quels « salauds au sens sartrien du terme ! », comme on disait chez les marxistes distingués dans les années soixante (on savait encore qui était Sartre). La haine du succès économique transformé en source indigne d’inégalités inacceptables, voilà ce qu’on entend à toute heure sur la TNT et les radios.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Mitterrand, heureux d’exploiter, pour le plus grand bien de son narcissisme pervers exacerbé et d’une brochette d’amis cupides, la vague revanchiste socialiste du moment, la France a décroché. Elle qui rattrapait le revenu médian des États-Unis s’est mise à accumuler les retards. Aujourd’hui, son revenu médian (sur des bases réellement comparables, ce qui n’est pas facile) est entre 35 et 40 % de celui des pays qui ont su maintenir leur capacité économique au lieu de la gaspiller en libéralités. La dépense publique est à peu près égale au montant de la valeur ajoutée des vraies entreprises (plus d’une personne et exclusion du secteur financier qui suit des règles spéciales). Et les prélèvements obligatoires sont à peu près égaux à cette production également.

Une telle situation est à peu près unique au monde dans sa sphère de liberté. Ajoutons la dette globale effarante, et on comprend que la France perd du terrain partout. Elle ne parvient plus à maintenir des comptes équilibrés aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur et se singularise par un chômage démesuré.

Et les seuls commentaires délivrés par les journalistes concernent « la croissance des inégalités » et « la société qu’on veut », sans jamais évoquer les causes de notre retard cumulatif. Les seules études où se singularisent les « économistes » français ne portent que sur les inégalités.

En même temps, se maintient la même hémiplégie de la mémoire vis-à-vis des crimes, massacres, génocides, commis au nom du « socialisme réalisé », la même dissymétrie entre »« bandes fascisantes » de droite et gentils « blacks blocs », évidemment « motivés et donc excusables par les carences cruelles de notre société ». Les grands groupes d’information, à l’exception du Point, ne couvrent pas le drame Vénézuélien, avec la ruine du pays, la déchéance des populations, la fuite de millions de personnes hors du pays, comme ils avaient caché la déchéance du Zimbabwe, les horreurs des Farc en Colombie etc.

Une chaîne de la TNT est spécialisée dans les crimes hitlériens. Rien sur les crimes de l’URSS.

La classe des commentateurs dominants fait de la chaleur sur les conséquences de l’application de ses propres idées socialistes, sans jamais faire la lumière sur ses causes. C’est le syndrome albanais de la presse française. Plus les résultats sont mauvais, plus on accuse l’ennemi de classe, plus on prend des mesures d’encadrement de la vie des gens, qui est de plus en plus abîmée, sans prendre conscience que cette régression, mesurée par rapport à la situation dans des pays moins stupides, est ultrarapide. La descente s'accélère. Dans une autre émission, M Lenglet constate que la France n’a pas su développer son tourisme. Le pays phare de naguère navigue de plus en plus bas dans les classements. Mais comment investir quand tout l’argent est ramassé par le Trésor et gaspillé en avantages arrachés par des syndicats abusifs ?

Nous n’avons plus de Justice, plus d’enseignement, bientôt plus de santé publique, plus de sécurité, une université qui devient risible, plus d’identité nationale. Notre économie régresse d’année en année, avec une baisse continue du revenu par tête. Les naissances s’effondrent. Le vieillissement du pays s'accélère. 1.6 millions de retraités ont fui le pays et sa fiscalité confiscatoire, avec un discours classant les retraités parmi les nantis qui doivent être justement saqués « pour donner du pouvoir d’achat à ceux qui travaillent ». C’est tellement évident : la croissance du revenu des actifs doit être arrachée aux inactifs !  

Notre démocratie a été confisquée par l’Énarchie Compassionnelle qui n’hésite pas devant les moyens les plus douteux pour se maintenir au pouvoir, comme on l’a vu dans l’affaire Fillon et la stérilisation de l’élection présidentielle. La vie politique n’est plus qu’un jeu de bonneteau fiscal décoré par les exactions de l’extrême gauche radicalisée et fascisante, sous le commentaire de journalistes socialisants intéressés à ce que la mayonnaise des troubles prenne en France. On a vu avec l’affaire Fillon que, pour ces « journalistes », peu importe le brouet, la soupe de l’indignation sélective est toujours bonne. Pour les attentats musulmans, alors là prudence. Il suffit de voir la couverture des assassinats commis en Belgique il y a quelques jours pour s’en convaincre. Sur la pointe des pieds. Et tous les utilisateurs de gymnase qui ne peuvent plus les utiliser pour une période indéterminée, parce qu’on y a ventilé des immigrés clandestins entrés en violant les lois n'auront aucun accès aux médias. Chutt !!!!!!!   

On voit même des « journalistes » interviewer des émeutiers en les « remerciant de leur action ». Le langage de la presse est maintenant celui des syndicats et de la gauche extrémiste. Les enragés dominent la place sans la moindre vergogne. Ah ! Ils la veulent cette « convergence des luttes » qui créerait vraiment « un beau bordel » comme dit élégamment un des membres de la France Insoumise et 50 ans de descente aux enfers. Mais le seul moyen de faire carrière comme commentateurs est de justifier les désordres et de se présenter en moraliste de « la société que nous voulons ».

Et les Français voient leur revenu après impôts s’effondrer comme celui de tous les pays qui ont suivi les mêmes prescriptions gauchistes. Pendant que tous les pays sortis du socialisme affichent des croissances de revenu entre 1980 et aujourd’hui de près de 400 %, ce qui ne sera jamais dit.

Quand on revoit les évènements de mai 1968, on remarque immédiatement les fautes tactiques de la droite au pouvoir. Pompidou s’est cru en phase avec « les étudiants ». Normale Sup était marxiste quand il y était.  Il a cédé et déchaîné la révolte. Le préfet Grimaud, encensé jusqu’à la nausée pour ne pas avoir réprimé les révoltés, n’a rien compris à ce qui se passait. Il a laissé faire les barricades. Et les révoltés ont eu tout le loisir de détruire et de parader.

On oublie que Cohn-Bendit était ouvertement communiste à l’époque et enchaînait les propos révolutionnaires marxistes-léninistes les plus typés. Serge July et Kouchner étaient eux carrément aux Jeunesses communistes. Aujourd’hui Dany le Rouge veut faire croire qu’il était anticommuniste, ce qui est faux. Il l’est devenu en devenant un notable. Le mensonge des anciens militants les plus enragés reste un réflexe bien ancré. C’est manifeste quand on entend Michel Le Bris, qui vit de l’argent public en privatisant les profits, et dans le cadre d’une affaire familiale des plus bourgeoises, expliquer que les femmes peuvent ouvrir des comptes en banques et trouver un emploi sans l’avis de leur mari grâce à mai 1968, alors que la loi date de 1966. On voit que la difficulté de ces gars-là avec la vérité est toujours là. Et personne ne présente les belles photos de Mao qui venait de commettre un des plus beaux génocides de l’histoire, entre 5 et 10 fois la Shoah tout de même, pendues sur les murs de la Sorbonne. il faudra également attendre un peu pour entendre que la Sorbonne comme l’Odéon n’étaient plus occupés par les « étudiants » mais par les « Katangais », une race de « Loulous de banlieue » violents, comme on disait à l’époque, qui se moquaient ouvertement des « minets petits-bourgeois » qui n’ont jamais osé les affronter. On présente aux jeunes Français une vision fantasmée de mai 1968 en les encourageant à faire de même. Toute période d’anarchie voit sortir du pavé une racaille dont on n’imaginait même pas l’existence et qui s’invite à la fête avec ses propres méthodes. Il suffit de voir la quantité de matériels des facultés occupées ce printemps revendues sur Ebay, pour s’en faire une idée. Lorsque les autorités ont fui en masse juste avant l’arrivée des Allemands à Paris, en quelques heures on a vu les pires crimes se multiplier : viols, assassinats, vols, agressions. Dans des immeubles vidés de leur habitant, des vieillards ont été massacrés et leur appartement vidé, des femmes seules se sont trouvées à la merci et ont perdu leurs bijoux et leur vertu. C’est comme cela : l’impunité est la reine des vices et la mère du crime.  Aucune étude n’a jamais été faite des crimes de cette courte période.  La honte veille.

Pour les présentations historiques de faits plus anciens, c’est encore pire. Michel Onfray a eu raison de dénoncer la tricherie des « docufictions » concernant la révolution russe. Le Lénine présenté comme réel pendant une émission de ce type sur Arte était un sosie choisi par Eisenstein pour son film de propagande ! On fourre dans la tête des téléspectateurs des images de propagande en leur disant : c’est la vérité. Le vrai Lénine a fait un coup d’État qui a emmené tout l’est de l'Europe dans une suite ininterrompue de massacres et finalement un désastre social irréversible. L’Urss finira par s’effondrer de ses propres tares. Mais il ne faut pas le dire. Là où un petit groupe bolchevique de factieux professionnels a détourné par la violence et la ruse le cours d’une l’histoire pour le pire, on vous présente des « masses conscientisées » décidées à créer un « vrai régime populaire et pacifique ». Pour les rédacteurs de cette histoire falsifiée (qui était enseignée en URSS t répétée par copier-coller en France), aucun scrupule, aucune honte. On peut mentir et glorifier le pire sans vergogne puisqu’il y a « de l’argent à se faire à la téloche ».

Même tricherie pour la couverture des grèves insurrectionnelles de 1947. Le vilain Jules Moch a réprimé honteusement un mouvement social sympathique et les victimes devraient être naturellement indemnisées comme le demandent divers comités Théodule communistes. La réalité, une grève politique, à l’instigation de l’Urss, menée par les communistes, chassés du gouvernement, qu’il fallait empêcher d’atteindre les objectifs « révolutionnaire » de leur maître, est toujours présentée comme la vision éhontée des méchants bourgeois dont il faut aider les auditeurs à se méfier. Une pure émission de propagande communiste, là aussi sans vergogne. Toujours avec les mêmes procédés que Müzenberg avait si bien théorisés. Le mensonge est à égalité avec la vérité pour les ignorants. Donc il ne faut pas se priver. Utiliser le sentiment plus que la raison, l’émotion contre la vérité, voilà la méthode. Alors on présente les grévistes comme des hommes bons qui se sont sacrifiés pour leurs enfants alors qu’ils vivaient dans une quasi-misère. Malheureusement les anciens cadres communistes interviewés sont restés ce qu’ils étaient. Des fanatiques communistes et ils le restent et ne peuvent même pas s’en cacher. Nulle part il sera dit qu’ils étaient communistes et motivés par les ordres de Moscou. Quant à ceux qui dénonceraient toute cette propagande obscène, on prévient les masses de ne pas les entendre. Ce sont des bourgeois fascistes. La réductio ad Hitlerum inventée par le même Münzenberg, demeure une arme de propagande près des 90 ans après son invention. Personne dans la presse, notamment télévisée, n’osera s’insurger. Sinon plus de carrière. L’intimidation marche toujours.

Donc on présente en plan séquence un Jules Moch triomphant et ricanant, un peu comme Goebbels présentait généralement le juif honni, juxtaposé avec une image triste de mineur misérable. Il est intéressant que l’antisémitisme de gauche soit aujourd’hui dominant en France, avec celui des musulmans.

Cette manipulation est financée avec l’argent public.

La France est en train de connaître une double évolution mortifère : les médias dominants créent une atmosphère de mensonge permanent où la réalité est totalement filtrée et manipulée pour servir une vision idéologique et politique. Les journalistes sont devenus des curés qui servent la soupe idéologique en quêtant le soutien des partisans : ai-je été habilement servile ? La bulle psychologique ainsi créée isole totalement la majorité des Français de la réalité globale. Ils ne connaissent plus que leur réalité proche et évidemment, elle n’est pas glorieuse. Pendant ce temps-là, l’Énarchie règne, se présentant comme un rempart contre les « sociofascistes » à qui on laisse malgré tout le terrain médiatique et la rue (plus les ZAD). Pendant ce temps là une bande de hauts fonctionnaires rackettent le pays par des impôts démesurés, tout en s’étonnant qu’ils aient étouffé la reprise modeste qui se profilait.

La France des médias est frappée par le syndrome albanais.

 

Ppc Léon Chaix

Le TFTEA est entré en action. Les Etats-Unis ont gagné

Dans un article peu lu nous avons souligné que la loi TFTEA, votée sous Obama était pleine de risques et bien plus dangereuse que le CETA qui concentrait les critiques.

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2017/2/25/Pire-que-le-CETA-le-TFTEA

On met sur les moeurs de cowboy de Trump ce qui a été intégré dans la loi américaine avant son arrivée. 

Il est interdit d'avoir de gros excédents. C'est dans tous les textes notamment dans les statuts du FMI comme nous ne cessons de l'écrire.

Trump n'a donc eu aucun mal à s'appuyer sur cette législation, le n°2, américain et vrai directeur, du FMI jouant la cheville ouvrière de l'acquièscement des instances internationales pendant que Mme Lagarde soutenait la cause féministe.

Le piège dans cette affaire est que le monde fonctionne sur les déficits américains pour alimenter sa "liquidité internationale" et les excédents sont le miroir des déficits. Mais là, c'est le silence absolue.

Le résultat : Trump a gagné. L'Europe a cédé. La Chine a concédé.

Tout était écrit.

Une présentation (très) troublante

Il est toujours dangereux de faire des transformés. Ayant, lors du Bac, à l’épreuve de géométrie dans l’espace, fait une transformée qui ramenait les douze questions suivantes à des cas d’égalité des triangles et réduisait l’épreuve à un exercice de 15 minutes, l’auteur de ces lignes s’est récolté un deux pour « solution déloyale et hors programme » qui n’a pas fait de bien à la mention. En vérité c’était dans le programme. Mais bon !

Nous allons tout de même proposer un changement d’échelle de mesure des séries économiques récentes.  Nous considérerons comme unité de référence la valeur pondérée d’un M2 moyen dans les 5 plus grandes capitales du monde, d’un kilo d’or, d’un baril de pétrole et d’un kilo des principales matières premières industrielles. La série correspondant à ce panier de référence servira à « déflater » les grandes séries économiques.

Si nous faisons cette conversion, alors l’évolution du prix du m2 de logement est pratiquement stable et reste proche d’un. Le prix des actifs boursiers est autour de 1 pour la bourse américaine mais 0.5 pour la France. Ce qui veut dire que s’ils n’ont rien fait, les propriétaires de titres boursiers français ont vu la valeur de leur avoir coupée en deux. Les rémunérations des grands patrons internationaux ont enregistré une hausse de 30% environ.  Les salaires moyens eux ont pris une sérieuse dégelée et ne sont plus qu’à 45% de leur valeur initiale en France et à peine mieux aux Etats-Unis.

La mise en concurrence des industries et des salariés occidentaux avec la Chine, l’Inde, les pays de l’est, etc. a été payé chèrement par les salariés occidentaux. Les plus riches ont maintenu leurs avoirs là où le capital n’a pas été lourdement ponctionné. En France tout le monde a beaucoup perdu.

Ce changement d’unité permet d’éviter les cocoricos ridicules des boursicoteurs qui annoncent qu’on a retrouvé le niveau d’avant crise. Il suffit de retirer la hausse des prix à la consommation pour se rendre compte que cette affirmation est totalement ridicule en, terme de pouvoir d’achat.  

L’Etat français a essayé de compenser la perte de valeur réelle de la production en captant le capital et en le vendant à l’étranger, tout en accumulant des emprunts. C’est un choix détestable puisqu’en fait, il a ruiné tout le monde.

Le populisme est le nom de la rancœur accumulée par cette baisse massive en valeur réelle des salaires.

Cette conversion d’unité de référence a le mérite de montrer l’ampleur de la Bérézina économique de ces quarante dernières années et que rien n’a été résolu.

Il faudrait enfin radicalement changer le cadre des relations économiques et monétaires internationales.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Argentine : monnaie et mensonges

La monnaie argentine est à nouveau sur le toboggan.  Comme d’habitude, l’examen de cette nième catastrophe monétaire ne fait pas l’objet d’une vraie analyse mais de postures. L’historien-économiste officiel Mario Rapoport en donne une nouvelle illustration. Il ment effrontément dans son analyse du passé comme dans son explication du présent.

Prenons le premier mensonge avéré qui concerne l’effondrement monétaire de la fin de siècle dernier. Les marxistes tiers-mondistes et les nationalistes argentins, deux composantes essentielles de l’opinion publique argentine, se sont mis d’accord pour affirmer que le FMI et les monétaristes américains, Milton Friedman en tête, le « pinochétiste » bien connu,  étaient la cause de ce grand malheur.  Tout le monde sait que nous ne faisons pas beaucoup de concessions au FMI depuis l’abandon des accords de Bretton Woods et que nous contestons beaucoup des suggestions de Milton Friedman et notamment sa défense des changes flottants.  Dans le cas d’espèce, il faut les réfuter les accusations qui les concernent.  

Il faut savoir qu’au début des années 70, l’inflation était telle, et la volonté d’en gérer les effets par des blocages divers tellement folklorique, qu’on en était arrivé à des situations totalement ridicules. Par exemple le prix des voitures étaient bloqués mais pas celui des volants. On vendait donc, à part, la voiture, au prix bloqué, et le volant, au prix libre, et le volant valait le même prix que la voiture. Naturellement on imposait que le volant soit acheté en même temps que la voiture. Le pays était hors de tout commerce international autre que de troc (on appelait cela la « compensation »)  et le marché des capitaux était totalement local, personne ne voulant risquer un sou dans une économie de ce type.

Pour mettre fin à cette situation et après les évènements politiques que l’on sait, les jeunes dirigeants formés à l’étranger qui prirent le pouvoir, au tournant des années 90,  décidèrent de mettre en place un « currency board », en s’appuyant sur les suggestions d’un économiste américain qui n’avait rien à voir avec Milton Friedman. L’idée, radicale et exotique, était d’éviter par ce moyen le retour à un financement monétaire exagéré de la dépense publique par la banque centrale.  Ce système très particulier et dangereux, imposait une parité fixe entre peso et dollar, la création de monnaie étant régulée par la balance des paiements. Le système a commencé par marcher très bien. L’inflation a cessé. Les exportations ont repris. L’Argentine est entrée dans la finance internationale avec de nombreux investissements étrangers. La prospérité a commencé à s’installer. Il faut savoir que l’essentiel des ressources d’exportation  provient, en Argentine, du Campo et qu’elles se finançaient depuis toujours en dollar, compte tenu de la faiblesse récurrente du peso. Peu à peu, les grands commerçants ont cessé de mettre leur fortune à l’abri aux Etats-Unis et une certaine normalité s’est installée en Argentine.

Qu’est-ce qui a fait sauter le système ? Les changes flottants. Dans un système de changes fixes, du type Bretton Woods, le « currency board » avait une chance. Lorsque le dollar a été projeté vers les sommets avec la crise faussement appelée « des pays émergents », les monnaies faibles ont successivement dévalué. Le real brésilien s’est effondré. Du coup, les prix, en dollar, des produits du campo devinrent impraticables pour exporter vers le Brésil, principal débouché. L’arrêt des exportations a provoqué l’arrêt de la création monétaire. Une déflation mortelle s’est installée en Argentine, avec des contournements folkloriques comme l’Argentino.

Pour essayer de tenir malgré tout, le temps que le dollar redescende, ce qu’il ne manquerait pas de faire, les autorités ont demandé l’aide du FMI qui au départ ne voulait pas y aller. Le « currency board » n’avait jamais été son idée. Et il n’y avait aucune logique à compenser un défaut structurel par des mesures conjoncturelles, traditionnellement associées à une déflation contrôlée, alors que le pays était déjà en déflation. Le currency board n’a pas de porte de sortie. On sait y entrer mais non en sortir, comme dans le cas de l’Euro.  La seule solution était une dévaluation massive du peso pour rendre à nouveau compétitif le campo. Les comptes en dollars ont été convertis de force en compte en pesos, après un épisode de « corralito » qui ressemble beaucoup à la situation imposée aux banques grecques, contingentant les sorties en numéraires. Puis on a tout cassé. Les investisseurs étrangers ont perdu très gros, de nombreux argentins ont été ruinés par la perte de la quasi-totalité de leurs avoirs, mais la dévaluation a permis de relancer les ventes du campo. Après un moment d’euphorie, le populisme a repris ses droits et nous sommes arrivés à nouveau à la situation traditionnelle en Argentine, après le règne détestables des Kirchner, qui se sont formidablement enrichis (les mauvaises langues les décrivent comme « pourris jusqu’à l’os », ce que nous nous ne permettrons pas de penser),  d’un pays sans monnaie avec fuite des capitaux et dévaluations ravageuses.   Et qui fait appel au FMI qui n’a strictement aucune autre solution à proposer, sauf à alimenter un puits sans fond, que de mettre sous contrôle la dépense publique.

Plutôt que de s’interroger sur les vraies causes des difficultés argentines, une ambiance populiste et socialiste qui n’accepte que des dépenses publiques non financées et espère s’en tirer avec l’argent des autres, après avoir vilipendé les investisseurs et les donateurs, avec une frénésie médiatique anticapitaliste, et une corruption majestueuse, les économistes officiels se croient constamment obligés par nationalisme étroit, d’entrer dans un travail de dénonciation totalement arbitraire de boucs émissaires étrangers. Diabolisation et mauvaise foi sont les deux mamelles de cette attitude qui ne mène strictement à rien.

L’Argentine est d’abord la victime d’elle-même et ensuite du système des changes flottants. Le FMI qui avait, rappelons le, comme seul rôle, de gérer les changes fixes, n’a rien à faire dans ce contexte.  Nous sommes à nouveau dans une phase de dollar fort. Les taux d’intérêts américains remontent. Le FMI ne dit rien. Mme Lagarde se contente de discours sur la libération des femmes dans le monde. On ne sache pas que la femme argentine soit particulièrement maltraitée. En intervenant en Argentine, le FMI servira à nouveau de bouc émissaire et permettra d’évacuer la tension politique liée à la gestion économique désastreuse qui y prévaut. Alors on veut que le FMI donne de l’argent, sans espoir de retour et surtout sans conditions. « Aboule le fric et tais-toi, pour la suite on te conchiera et on verra ce qu’on fait ». Voilà le résumé exact de la pensée forte de ce M. Rappaport.

Les journalistes français, conditionnés aux dénonciations du FMI, et capables de répéter comme des perroquets les pires articles de propagande, pourvu qu’elles sentent bon l’anticapitalisme primaire tiers-mondiste (il n’y a plus de couverture correcte de la situation de l’Amérique Latine depuis plus de soixante ans dans les journaux français,  le ton des élégances étant donné par le Monde Diplomatique dont on connaît l’inspiration fraîche, joyeuse et totalement indépendante du marxismes léniniste tiers-mondiste), répètent et répéteront encore les analyses des Rappaport du moment, sans jamais se soucier ni des réalités locales, ni des aspects délétères de la propagande qui règnent sur tous les sujets économiques dans ce continent, ni des mensonges caractérisés qui y sont régulièrement diffusés.

Dans un système mondial de changes flottants, il ne sert à rien de demander à la collectivité mondiale de financer un pays dont la politique malsaine, faite toute entière de dépense publique incontrôlée, conduit à une fuite devant la monnaie. Il faut exiger une réforme du système mondial des changes et imposer des règles de gouvernance strictes aux pays qui ont fait du laxisme pseudo social un mode de fonctionnement permanent.

Plus précisément la bonne attitude serait de s’opposer aux dérives de la politique mondiale des Etats-Unis et à la « chienlit socialisante et populiste », comme on commence à le dire devant les jolies photos des Black Blocs. Comment voulez-vous qu’un économiste officiel se risque dans une telle aventure qui le met en face des deux puissances majeures du moment ?  Et plus encore, un journaliste…

Des idées qui progressent

Depuis désormais plus de 20 ans nous défendons publiquement de façon constante une thèse fondamentale :

-          Il n’y a pas de bon commerce sans bonne monnaie

-           Il n’y a pas de bonne monnaie sans un équilibre relatif des balances de paiement.

Le système des changes flottants imposé par les Etats-Unis après l’effondrement des Accords de  Bretton-Woods a conduit à l’abandon de règles fondamentales d’équilibre économique au profit d’un système spéculatif  dont tous les rouages ne pouvaient que se gripper. Enormes excédents commerciaux et  énormes déficits de balances de paiement ont transformé le monde en une économie baudruche dont la vocation était d’exploser un jour ou l’autre. Comme l’écrivait Maurice Allais, « ce qui doit arriver arrive ».  C’est ainsi que nous avons défini la crise comme la composante de trois évolutions :

-          Une baisse tendancielle du trend

-          Une aggravation des récessions « décennales »

-          Une montée permanente de la dette globale,

Et tenter de démontrer que cette crise avait une cause principalement monétaire.

Nous avons prévenu depuis 1977 : attention à la colère des peuples, car la stagnation économique, la baisse du pouvoir d’achat, et le chômage déstabilise les sociétés.

Il a fallu l’explosion de 2008, parfaitement annoncée et prévue, et la montée électorale des « populismes » pour que, soudain, ces réalités éclatent à la figure de dirigeants tétanisés mais englués dans la routine.

Nous avons prévenu, les premiers, sur les dangers du Tafta (pratiquement jamais commenté dans les medias français)  et l’offensive américaine, qui s’appuyant sur les principes des statuts du FMI, entendait rétablir de force, avec des taxations lourdes, leurs équilibres extérieurs.  C’était bien avant l’arrivée de Trump.

Le style cow-boy de Trump n’a fait que révéler un peu mieux les forces sous jacentes. Trump a parfaitement raison, comme l’avons déjà écrit ici, de considérer que les excédents Chinois sont extravagants et que les excédents allemands ne sont pas convenables. Là où il est incohérent est qu’il ne voit pas qu’ils sont largement la conséquence des énormes déficits extérieurs américains.  Si on veut que le dollar soit la monnaie du monde alors le déficit américain est automatique puisque c’est lui qui alimente la liquidité mondiale. Il faut donc changer de système et proscrire toute monnaie mondiale qui soit une monnaie nationale. Là Trump n’est plus d’accord. C’est pourquoi nous professons que Trump « facilite le diagnostic mais complique la solution ».  

Hier, c’est Macron, recevant son prix Charlemagne de bon élève du fédéralisme européen, qui a dénoncé publiquement, et en la présence même de Mme Merkel, les excédents allemands et suggéré qu’elle abandonne son « fétichisme » des excédents de balances de paiements, soulignant que cet excédent avait pour conséquence un dommage pour ses partenaires.

Voici donc les excédents extravagants de balances commerciales et de paiement politiquement et diplomatiquement mis en cause. Vingt ans que nous attendions ce moment.

La faiblesse de ces annonces est double :

-          Il n’y a pas d’explication de la nocivité des ces déséquilibres et de lien causal effectué avec la récession explosive de 2008 et ses suites difficiles

-          Il n’y a pas de schéma d’organisation proposé qui mette fin au double dysfonctionnement du système monétaire international et du système de l’Eurozone.

Dans notre premier livre sur le sujet, «L’Etrange Désastre », nous nous sommes attachés à répondre en détail à la première faiblesse.

Dans notre second livre à paraître, nous cherchons à dégager les lignes d’un nouvel ordre monétaire mondial congruent avec un nouveau système européen, en le replaçant dans l’histoire monétaire internationale des 100 dernières années.

Didier Dufau

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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